L'origine du terme "Artificial Intelligence"
Le terme Artificial Intelligence apparaît en 1956, lors de la célèbre conférence de Dartmouth, organisée par John McCarthy, Marvin Minsky, Nathaniel Rochester et Claude Shannon.
McCarthy, mathématicien et linguiste d'une grande précision, choisit l'expression Artificial Intelligence pour éviter deux pièges :
- Cybernetics (le terme dominant à l'époque, lié à Norbert Wiener), trop connoté du contrôle et de la régulation mécanique.
- Automated reasoning ou machine learning, trop restrictifs par rapport à son ambition de simuler "l'intelligence complète".
L'expression fut ensuite traduite en français dans les années 1950-1960, vraisemblablement par un petit cercle de chercheurs influencés par les traductions européennes des textes de McCarthy et de ses pairs.
En France, l'un des premiers à employer cette traduction fut probablement Jacques Pitrat ou Jean-Claude Simon, pionniers francophones de l'IA symbolique. On retrouve la trace de l'expression dès les années 1960 dans les publications du CNRS et de l'INRIA naissante.
Le glissement du sens
Le mot intelligence en français a une portée anthropologique et psychologique forte, évoquant la pensée consciente et réflexive.
Alors qu'en anglais, intelligence possède un sens plus administratif et opérationnel, celui de information processing ou renseignement (comme dans Central Intelligence Agency).
Ainsi, Artificial Intelligence pouvait initialement se comprendre comme "renseignement automatisé", une capacité à traiter l'information. La traduction française, en retenant intelligence dans son acception cognitive et personnelle, a introduit une ambiguïté : celle d'un double de l'humain plutôt qu'un prolongement de ses moyens de connaissance.
Conséquence culturelle
Ce choix lexical a nourri :
- Une mythologie du substitut, où la machine imite ou remplace l'humain.
- Des débats métaphysiques sans fin sur la "pensée" des machines.
- Des politiques technologiques centrées sur l'automatisation plutôt que sur la symbiose homme-machine.
Une traduction plus juste : "Renseignement Artificiel"
Une traduction plus précise aurait été à mon sens : "Renseignement Artificiel".
Car le mot "renseignement" s'inscrit dans la lignée des systèmes experts et des agents cognitifs : il s'agit de produire du discernement, non d'imiter la conscience.
"Renseignement artificiel" évoquerait une intelligence d'assistance, orientée vers :
- L'aide à la décision
- L'enrichissement de perception
- La coordination collective
Vers l'Intelligence Augmentée
Dans cette perspective, cette idée rejoint des courants récents comme l'Intelligence Augmentée (Doug Engelbart) ou la Hybrid Intelligence, où l'humain reste au centre du système de sens.
C'est précisément cette vision qui guide Min&Maï : non pas remplacer le dirigeant par une IA, mais augmenter sa lucidité grâce à un système de renseignement stratégique.



