Il existe une règle non écrite en géopolitique : une superpuissance ne doit jamais montrer que ses armes ultimes sont inefficaces. Pourtant, c'est exactement ce que les États-Unis viennent de démontrer avec le Venezuela.
Pendant des décennies, Washington a reposé sur une certitude : l'exclusion du système dollar équivalait à une mort économique. Aujourd'hui, nous assistons à l'inverse. Le Venezuela, l'Iran et la Russie ne se sont pas effondrés. Ils se sont réorganisés.
Cet article analyse comment l'instrumentalisation du dollar a paradoxalement accéléré la fin de l'hégémonie américaine, transformant le "billet vert" d'un actif incontournable en un risque politique majeur.
1. L'erreur stratégique : L'instrumentalisation du système
La domination américaine post-Guerre Froide reposait sur un pilier invisible : le système financier mondial (SWIFT, le dollar comme réserve). C'était un bien public mondial géré par Washington.
L'erreur fatale a été de transformer ce bien public en arme de guerre.
- En gelant les avoirs russes.
- En sanctionnant quiconque commerce avec l'Iran.
- En bloquant le Venezuela.
Les États-Unis ont envoyé un message clair à chaque capitale du "Sud Global" : votre argent n'est à vous que si vous obéissez à notre politique étrangère.
Dès cet instant, la diversification hors du dollar n'était plus un choix idéologique, mais une nécessité de survie nationale.
2. Le laboratoire de la résistance : L'axe Pékin-Moscou-Téhéran
Le Venezuela est le cas d'école de cette nouvelle ère. Washington s'attendait à un effondrement du régime sous le poids des sanctions. C'était sans compter sur la "Coalition des Sanctionnés".
- La Chine a apporté la demande (achetant le pétrole en Yuan).
- La Russie a apporté la sécurité (et le savoir-faire militaire).
- L'Iran a apporté l'expertise technique du contournement des sanctions.
Ce n'est pas une alliance sentimentale, c'est une architecture de survie. En fermant la porte de l'Ouest, les USA ont forcé ces pays à ouvrir et bétonner la route de l'Est.
3. La "Liquidation Impériale"
Nous n'assistons pas à un effondrement soudain type Rome ou Berlin en 1945. Nous vivons ce que les historiens appellent une "liquidation impériale", similaire à celle de l'Empire Britannique au 20ème siècle.
La Livre Sterling n'a pas disparu du jour au lendemain ; elle a été lentement remplacée parce que Londres ne pouvait plus garantir la stabilité du système.
Aujourd'hui, les BRICS ne cherchent pas à détruire l'Amérique, mais à construire des canaux où l'Amérique n'a pas de droit de veto.
Les banques centrales achètent de l'or à des niveaux records. Les échanges bilatéraux en monnaies locales explosent. Le monopole est brisé.
Conclusion : Quelle leçon pour l'Europe ?
Pour les décideurs européens, la leçon est brutale mais vitale. Si la puissance dominante (USA) ne peut plus garantir l'ordre par la simple menace financière, et si les puissances émergentes (BRICS) construisent leur propre système immunisé, l'alignement aveugle devient dangereux.
L'Amérique reste une puissance majeure, mais elle n'est plus l'unique système d'exploitation du monde. Elle est devenue un gros acteur parmi d'autres. Comprendre cette transition structurelle est la clé pour naviguer dans la décennie 2026-2036.



